Caroline François-Rubino  
 
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La fenêtre comme espace de transition, comme passage et comme source de lumière est un révélateur. Elle permet d’aller du proche au lointain, du connu à l’inconnu, du délimité à l’infini, de s’approprier des images multiples et de percevoir avec une acuité particulière notre rapport au monde et par conséquent au temps. Elle révèle ce qui ne nous est pas forcément visible.
Sa structure, son réseau, ses carreaux, sa transparence, son dispositif (fermé / ouvert  / entrouvert) lui confèrent une infinité de visions possibles, de variations et de variantes. Elle peut offrir des images fixes et définies comme des impressions visuelles plus évanescentes, elle joue de ses reflets ou de l’irrégularité de sa matière; parfois miroir, parfois paravent, ou encore kaléidoscope, elle provoque le regard et le stimule.  

Depuis la célèbre métaphore d’Alberti, le tableau, ce quadrilatère, n’a cessé d’être une fenêtre, mais la vision perspective impose une fixité de l’image et une position immobile du peintre comme du spectateur. Pourtant, notre perception visuelle, lorsque nous marchons par exemple, est plurielle et infinie, elle se développe dans un temps qui n’est pas linéaire, l’oeil pouvant enregistrer plusieurs «visions» presque simultanément, embrasser les alentours ou s’arrêter aux détails, revenir en arrière ou scruter l’horizon, se perdre dans le ciel ou suivre de près le chemin tracé.

Revenir à la fenêtre, c’est donc se placer à la «croisée» des chemins pour mieux ensuite s’aventurer dans le paysage et en restituer la perception diffuse et fragmentée qui se perd dans notre regard, c’est aussi tenter de capter le propre regard du spectateur pour l’emmener le plus loin et le plus longtemps possible dans ce voyage à travers lumières, couleurs et transparences.

 
Caroline François-Rubino